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Les lycées agricoles à la pointe de la transition

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Véritables précurseurs, certains lycées agricoles sont engagés depuis dix ans dans la transition écologique. D’autres ont commencé cette année. Mais aujourd’hui, tous partagent cette préoccupation d’une nécessaire transition agroécologique, qui est aussi celle d’une jeune génération capable d’incarner un nouveau modèle de production.

Louis sera bientôt à la tête d’une exploitation agricole en Nouvelle-Aquitaine. Actuellement en terminale au lycée agro-viticole de Blanquefort, il rêve de devenir maraîcher. Comme des milliers de futurs acteurs de la filière en cours de formation, il s’apprête à relever les nombreux défis liés aux mutations du secteur et aux nouvelles demandes d’une société en quête de "consommer mieux". L’ensemble des 22 Établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) préparent ainsi leurs élèves à devenir des agriculteurs, viticulteurs, éleveurs, ostréiculteurs ou horticulteurs respectueux de l’environnement et du bien-être animal, prêts à s’adapter aux changements climatiques et à veiller à la biosécurité de leurs installations. "Nous sommes conscients de l’importance des écosystèmes et nous sommes sensibles à nos pratiques pour en respecter le fonctionnement", souligne Jérémy, 18 ans, camarade de classe de Louis, et qui se destine à la viticulture. "C’est un sujet dont on parle beaucoup entre nous, poursuit son acolyte. On envisage de créer des passerelles, de collaborer les uns avec les autres. Ça me met le sourire aux lèvres de voir qu’il y a des gens qui ont le même projet que moi et qu’on peut envisager de coopérer." 

Transition agro-écologique et énergétique

L’agriculture de demain se joue dans les lycées. L’enseignement agricole, fortement implanté en Nouvelle-Aquitaine, est à la croisée de nombreux défis : il s'agit de répondre aux attentes de la société en matière de sécurité alimentaire, de qualité des produits, de biosécurité, de préservation de l’environnement. C’est pourquoi ces formations intègrent de plus en plus souvent la prise en compte de la transition agro-écologique et énergétique. Avec l’aide de la Région, les établissements se mettent à la pointe des nouvelles technologies et pratiques agricoles. Ils dessinent ainsi les contours d’une agriculture durable, plus respectueuse de l’environnement, qu’elle soit rurale ou périurbaine. Une conversion aux pratiques écologiques en passe de se généraliser. "Les choses ont énormément évolué pour arriver à des schémas très axés sur les alternatives pour produire autrement", confirme Émilie Reynier, l’enseignante des deux jeunes hommes. Au sein des établissements, de véritables exploitations agricoles et des ateliers technologiques permettent aux élèves de mettre en pratique leurs connaissances sur le terrain. À la fois support pédagogique et lieu de production, elles intègrent des outils de formation et d’expérimentation qui visent à l’exemplarité des pratiques, tout en faisant office de vitrine. La collectivité intervient pour soutenir les investissements lourds, comme l’achat de matériel, qui appuient leur développement, et accompagner ainsi le transfert de connaissances vers les jeunes et les professionnels. 

En Nouvelle-Aquitaine

Expérimenter et changer les mentalités

Au lycée La Tour Blanche, à Bommes, spécialisé dans la formation des métiers de la vigne et du vin, l’ensemble des 40 hectares est passé en bio depuis août 2020. "C’est l’aboutissement d’une démarche engagée depuis dix ans, se félicite Miguel Aguirre, le directeur d’exploitation. Cette certification vient valoriser notre travail au quotidien." Amélie Rochas, directrice adjointe de l’ensemble de l’EPLEFPA Bordeaux Gironde, note que les parents le réclamaient aussi : "Ils avaient besoin de savoir qu’on prenait soin de la santé de leurs enfants." À Blanquefort, le Château Dillon, l’exploitation viticole du lycée, entame sa deuxième campagne sans glyphosate et le Château Grand Baril, exploitation du lycée viticole de Libourne Montagne, sa première année. "L’idée est de montrer aux jeunes le champ des possibles, poursuit la responsable. Et à l’échelle de la filière, on expérimente aussi des choses différentes, qui aident à faire avancer les mentalités. Comme avec les pulvérisateurs confinés, que nous avons testés dès 2013, bien avant leur commercialisation." 

Vivre ensemble

Cette démarche s’accompagne d’un désir de reconnecter le monde agricole au grand public. Régulièrement, Émilie Reynier travaille avec ses élèves sur des projets de médiation, qui permettent notamment d’accueillir des scolaires pour faire de la vulgarisation et leur montrer comment produire autrement. Autour de l’exploitation viticole, des rencontres sont organisées avec les riverains depuis 2016. Un échange qui s’est noué via l’invitation à des soirées de présentation de l’exploitation et d’échanges. "Nous leur proposons d’envoyer des textos 24 heures avant les traitements, explique Amélie Rochas. Les riverains sont désormais très informés. Les discussions ne sont pas toujours faciles, mais un dialogue est engagé." Une transparence et une remise en question qui démontrent le dynamisme des établissements de Nouvelle-Aquitaine dans la prise en compte d’une nécessaire transition agro-écologique. Une transition qui ne doit pas se faire à marche forcée, mais en embarquant et en convainquant toutes les parties prenantes.  

Encourageons aujourd'hui, réussissons demain